Réécrire le passé colonial : enjeux contemporains des collections de musée

Réécrire le passé colonial : enjeux contemporains des collections de musée

S1 et S2, 6 ECTS

dates : 13.11.17, 11.12.17, 08.01.18, 12.02.18, 12.03.18 , 09.04.18, 14.05.18,11.06.18, 15h à 18h

 

Première séance du séminaire le lundi 13 novembre 2017 de 15h à 18h
"Que faire des héritages coloniaux ? Un défi pour les musées", avec Nélia Dias (ISCTE, CRIA, Lisbonne) et Benoît de L’Estoile (CNRS, ENS, PSL)
Ecole normale supérieure, 29 rue d’Ulm, salle 235 C

Ce séminaire portera sur les formes de réécriture, de renégociation et de réappropriation contemporaines des collections constituées pendant la période coloniale, sur le continent africain, et qui sont depuis lors conservées dans des institutions muséales. Ces collections comprennent les objets ethnographiques ainsi que des archives écrites et visuelles, acquises ou produites par ou pour les musées.

 

Aujourd’hui ces collections, constituées entre la fin du XIXème et la première moitié du XXème siècle génèrent questionnements et tensions. Elles sont perçues comme des butins de guerre à partir desquels les vainqueurs écrivent l’histoire des vainqueurs (Benjamin) et reflètent des pratiques savantes qui ont été remises en cause depuis. Collectées dans un but scientifique, religieux et/ou politique et marchand, elles portent l’empreinte d’un passé conflictuel qui tend parfois à se figer dans une lecture manichéenne de l’histoire. Dans ce séminaire, nous observons les enjeux dont ce passé et son héritage épistémologique, politique et économique sont investis aujourd’hui dans le champ des pratiques sociales, scientifiques, curatoriales et artistiques.

Par qui, comment et pour qui ce passé est-il écrit et négocié aujourd’hui ?

L’invitation de chercheurs, de commissaires d’expositions, d’artistes va permettre d’aborder ces pratiques et ces processus dans une perspective pluridisciplinaire qui ouvre le dialogue sur les défis et les potentiels que ces objets et ces documents offrent à la recherche aujourd’hui.

 

Ce séminaire du centre Maurice Halbwachs est associé au projet "France et Allemagne face aux héritages coloniaux : relectures contemporaines des collections de musée", financé par le CIERA, et le Centre Maurice Halbwachs. 

Il est également associé au projet de recherche Museums and Controversial Collections. Politics and Policies of HeritageMaking in Post-colonial and Post-­socialist Contexts, financé par l’Agence Roumaine de la Recherche (2015-2017) : http://www.nec.ro/research-programs/uefiscdi-cncs/te-projects/current/museums. Il s’inscrit dans l’axe de recherche du Centre Maurice Halbwachs .

 Première séance le lundi 8 novembre 2017.

 Page Facebook Héritages coloniaux et musées

 

 PROGRAMME 2016-2017

Séance d’introduction : Le musée au défi des héritages coloniaux  

14.11.2016- FR/EN

salle INHA

La « muséologie critique » des années 1980 et 1990 souligna le rapport entre l’exercice du pouvoir et le contrôle des savoirs qui se conjugua avec la remise en cause postcoloniale des « temples de l’empire » (Coombes 1997). Depuis lors, on observe le développement d’une histoire politique des musées et des institutions de recherche qui leur sont associées. Un point de départ pour ce séminaire sera donc d’établir l’état des recherches sur le musée comme objet politique et son lien avec l’histoire des sciences et des pratiques savantes. Comment a-t-on questionné les normes concernant la classification des collections muséales, la cartographie coloniale, les étiquettes ethniques et d’autres formes de « connaissances patrimoniales » ? Comment peut-on analyser « la production des certitudes » (Latour 2001) quant aux vocabulaires, aux systèmes classificatoires et aux pratiques muséales ? Comment mène-t-on une étude ethnographique ou historique de certains « acteurs épistémiques » (des professionnels de musées, des anthropologues, des réseaux transnationaux de muséographes, des associations professionnelles nationales, etc.) ? On pourrait ainsi se demander quel impact cette histoire critique du musée a sur les pratiques muséales contemporaines ?

 

Intervenants

  • Sharon Macdonald, Humboldt Universität zu Berlin
  • Benoit de l’Estoile, CNRS, Paris

 

Introduction : DO/MO

Modération : Dominique Poulot

 

Séance 2 : « Décoloniser le musée » : repenser les savoirs institutionnels

12.12.2016

salle INHA

De l’histoire des musées aux pratiques épistémologiques développées à l’époque postcoloniale, quelles sont les modalités contemporaines d’élaboration d’un savoir sur les collections constituées à l’époque coloniale comme par exemple les collections d’anthropologie physique qui sont aujourd’hui dé-muséifiées et « re-humanisées ». Quels sont les acteurs et les arènes politico-scientifiques des débats autour des métamorphoses muséales ? Comment peut-on reconstituer une « histoire symétrique », non-eurocentrique, de ces collections muséales ? Qui et où sont formulés les impératifs de « décolonisation », « d’indigénisation », « d’africanisation des musées » ? Comment remet-on en cause l’autorité des « savants » fondateurs des disciplines et leurs taxonomies muséifiées qui remontent à l’époque coloniale ?

 

Intervenants

  • Emmanuel Kasarhérou, Musée du Quai Branly-Jacques Chirac, Paris
  • Richard Sogan, Ministère de la Culture et du Tourisme, Benin

 

Modération : LR/DO

 

Séance 3 : Le retour des « choses » et des « ancêtres »

09.01.2017

Salle 11, EHESS

La remise en question du musée comme le propriétaire légitime de certaines collections issues du contact colonial, notamment celles de l’anthropologie physique, est désormais un enjeu majeur. En termes de recherche, la pression des communautés d’origine et groupes militants impose de nouvelles études sur la provenance des objets voire l’établissement de lois sui generis permettant parfois leurs retours. La question de la propriété engage aussi celle de l’autorité du musée à parler de ces « corps » mais aussi des objets « des autres ». Il s’agit de voir comment les contestations portent sur ces deux aspects et engagent les pratiques éthiques des musées.

 

Intervenants :

  • Christelle Patin, EHESS, Paris
  • Sébastien Minchin, Muséum d’Histoire Naturelle, Rouen

 

→ suivie par une visite du Musée de l’Homme avec Manuel Valentin

 

Modération : DO/FB

 

Séance 4 : Exposer les héritages coloniaux

13.02.2017

Salle 11, EHESS

Depuis les années quatre-vingt des expositions critiques ont mis en abîme l’institution pour interroger ou problématiser ce que Appadurai a nommé la vie sociale des objets. On pense notamment aux expositions Art/Artifact : African Art in Antropology Collections (Susan Vogel, 1988, Center for African Art, NYC) ou encore Mining the Museum (Fred Wilson, 1992, Maryland Historical Society) ou plus récemment à ExitCongoMuseum (Boris Wastiau, 2000, Musée Royal de l’Afrique Centrale, Tervuren) ; Foreign Exchange (or the stories you wouldn’t tell a stranger) (Clémentine Deliss, Yvette Mutumba, 2014, Weltkulturenmuseum, Frankfurt). Aujourd’hui, comment ces mises en récits peuvent-elles être abordées et problématisées ? Comment les rendre efficientes dans un contexte qui est empreint d’argumentations culturalistes et excluantes ? Quelles pourraient être les formes de critiques curatoriales à développer aujourd’hui en s’appuyant sur cette réflexivité historique ?

 

Intervenants :

  • Nanette Snoep, Staatliche Ethnographischen Sammlungen Sachsen, Leipzig/Dresden
  • Sandra Ferracuti, Linden – Museum, Stuttgart

 

Modération : MO, AS

 

Séance 5 : Muséographies de l’immatériel

13.3.2017

Salle 11, EHESS

Au moment même où l’UNESCO adopte des conventions s’attachant à favoriser le dialogue des cultures et à promouvoir le respect entre elles, 18 directeurs de grands musées occidentaux, signent en décembre 2002 la Déclaration sur l’importance et la valeur des musées universels. Une nouvelle catégorie de musées semble redessiner le paysage institutionnel en adoptant la terminologie propre aux instruments normatifs internationaux. Si la condamnation du trafic illicite est unanime (convention de 1970), la restitution des biens culturels à leur pays d’origine alimente un débat plus contrasté et patrimoine culturel immatériel (convention de 2003) et diversité des expressions culturelles (convention de 2005) peinent à participer au renouvellement de la praxis muséographique. Au-delà de ce concept désormais partagé de valeur universelle exceptionnelle, les conventions culturelles de l’UNESCO ont-elles trouvé une place dans la reformulation du discours sur les collections ?

 

Intervenants :

  • Elena Bertuzzi, LESC, CNRS / Paris 10 Nanterre
  • Madeleine Leclair, Musée d’Ethnographie de Genève

 

Modération : BdE/LR

 

Séance 6 : Du marché au musée

24.4.2017

Il faut trouver une salle

Le développement d’un intérêt plus poussé pour l’histoire des collections, la provenance et la réception dévoile l’importance d’un acteur majeur dans le transfert des objets vers les musées, à savoir, le marchand. La sortie de l’objet du circuit commercial lors de son entrée au musée a trop souvent occulté le processus de transformation des valeurs opérées dans la sphère marchande. Celle-ci s’avère pourtant essentielle pour comprendre la mécanique des appropriations qui pèse encore sur la distribution des biens mis en circulation pendant l’époque coloniale.

 

Intervenants :

  • Maureen Murphy, Paris 1
  • Marguerite de Sabran, Sotheby’s, Paris (tbc)

 

Modération : DO/FB

 

Séance 7 : Pratiques artistiques et anthropologie

15.5.2017

Il faut trouver une salle

Cette session propose d’explorer les liens qui se tissent depuis les années soixante-dix entre l’anthropologie et l’art contemporain. Il s’agit de voir comment les artistes s’emparent de méthodes ethnographiques pour explorer de nouveaux terrains comme notamment les collections anthropologiques, les archives manuscrites ou visuelles, les musées et/ou les mémoriaux liés à l’histoire coloniale. Comment les pratiques artistiques déplacent et questionnent le cadre institutionnel de l’objet de collection ? Quelles perspectives ouvrent elles d’un point de vue épistémologique, politique et mémoriel ?

 

Intervenants :

  • Jean Pierre Bekolo, artiste et auteur-réalisateur, Yaoundé
  • Natasa Petresin, commissaire indépendante, Paris

 

Modération : AS / MO

 

Séance 8 : Recherche participative dans les collections : “communautés sources” et “diasporas”

12.6.2017.

Salle 11, EHESS

ANG/FR

Un des aspects de la “décolonisation du musée” consiste à diversifier les sources de savoirs et repenser les modalités de son élaboration en recueillant la parole des dites “communautés sources” et des “diasporas”. Les intervenants de ce séminaire nous permettront de repenser et de problématiser ces catégories. Comment et dans quels buts ont-elle été forgées historiquement ? Comment opèrent-elles aujourd’hui dans le contexte postcolonial et quelles difficultés politiques et épistémologiques peuvent être soulevées ?

 

Intervenants

  • Christine Chivallon, CNRS, Bordeaux
  • Wayne Modest, directeur Research Centre for Material Culture, Leiden

 

Modération : LR/MO

 


 

Les membres de l’équipe :

Benoît de l’Estoile, directeur de recherche au CNRS (CMH) et professeur d’anthropologie à l’Ecole normale supérieure, Paris, Paris Sciences et Lettres Research University, il poursuit des recherches en anthropologie politique et en anthropologie de la connaissance, menant des enquêtes de terrain dans les mondes ruraux du Nordeste du Brésil. Il est correspondant National du European Museum Forum (EMF). Il étudie les héritages coloniaux et les transformations dans les façons dont les Occidentaux se sont appropriés les objets non-européens, notamment dans les musées. Il est notamment l’auteur de Le goût des Autres. de l’exposition coloniale aux arts premiers, Flammarion, 2007. Il a récemment publié : "2015 : « A quoi sert un musée de l’Homme ? Vies et destins d’une utopie », in Claude Blanckaert (dir.), Le Musée de l’Homme, histoire d’un musée laboratoire et "Can French anthropology outlive its museums ? Notes on a changing landscape” In S. Chevalier (dir.) Anthropology at the Crossroads : the View from France, 2015.

Felicity Bodenstein est boursière postdoctorale au musée du quai Branly - Jacques Chirac. Elle a soutenu sa thèse en histoire de l’art à l’Université de Paris-Sorbonne sur L’histoire du Cabinet des médailles et antiques de la Bibliothèque nationale (1819-1924). Un cabinet pour l’érudition à l’âge des musées. Sa recherche a été soutenue par des bourses du Getty Research Institute, de la New York University et du Max Planck Institut. De 2010 à 2013 elle a travaillé comme assistante de recherche sur le projet European National Museums : Identity Politics, the Uses of the Past and the European Citizen à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Son projet de recherche actuel est intitulé : La mise en scène d’un butin de guerre : une étude comparée des muséographies des objets royaux de Benin City pris en 1897. 

Margareta von Oswald est doctorante en anthropologie au Centre Maurice Halbwachs (EHESS/ENS) et au Centre for Anthropological Research on Museums and Heritage (CARMaH) à la Humboldt-Universität zu Berlin. Sa thèse porte sur les transformations et défis contemporains des musées ethnographiques en Europe. Ses terrains principaux sont le Humboldt-Forum à Berlin (à ouvrir en 2019) ainsi que le Musée Royal de l’Afrique Centrale de Tervuren, Belgique (à rouvrir en 2018). Dans sa thèse, elle essaie d’identifier, décrire et analyser les différentes fantômes qui hantent les pratiques divers du musée, et notamment ces fantômes qui émergent du passé colonial. En 2015, elle a été co-commissaire de l’exposition « Object Biographies » ( Humboldt Lab Dahlem/Ethnologisches Museum Berlin).

Damiana Otoiu est MCF en anthropologie politique et urbaine à la Faculté de Sciences Politiques de l’Université de Bucarest et coordinatrice de l’axe de recherche « Processus de patrimonialisation, usages et mises en musée du passé » du Centre Régional Francophone de Recherches Avancées en Sciences Sociales, Bucarest. Ses recherches concernent les muséographies post-coloniales des collections d’artefacts “ethnographiques”, de restes humains et de photographies anthropométriques qui ont été créés à l’époque coloniale ou durant le régime d’apartheid (en France, Belgique, République Démocratique du Congo et Afrique du Sud).

Dominique Poulot est Professeur d’histoire de l’art à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et membre honoraire de l’Institut Universitaire de France. Membre du laboratoire Histoire Culturelle et Sociale de l’Art, HICSA, à l’Université de Paris 1, il est responsable du Master Politique et Histoire du patrimoine et des musées. Ses recherches portent sur l’histoire des musées en Europe depuis le XVIIIème siècle. Il a récemment édité au Getty les Lettres de Quatremère de Quincy et a publié aux Presses de l’Université Laval une Histoire de l’art d’aimer les objets.

Laurella Rincon est conservatrice du patrimoine pour les arts et civilisations de l’Afrique et des mondes créoles. Ses travaux portent sur la mutation des musées européens d’ethnographie et la muséologie participative. Elle travaille également sur la place du patrimoine culturel immatériel, des langues, de l’oralité et des processus de créolisation dans les musées, notamment dans les Outre-mer et au-delà sur les liens qu’entretiennent ces institutions avec les conventions patrimoniales de l’UNESCO. Elle fut co-commissaire des expositions Horizons, voices from a Global Africa et Polyphonies au Världkulturmuseet de Göteborg (2002-2005).

Anna Seiderer est docteur en esthétique, Maître de conférences en Art contemporain et anthropologie à l’université Paris-8, Saint-Denis, Vincennes. Membre du Laboratoire d’anthropologie des mondes contemporains (LAMC) de l’Université Libre de Bruxelles, elle collabore avec l’Ecole de recherche Graphique (ERG) de Bruxelles. Ses recherches portent sur les liens qui se développent depuis les années soixante-dix entre l’art contemporain et l’anthropologie. Elle travaille actuellement sur le cinéma colonial belge et sa relecture critique par l’art contemporain.