« Processus de néolibéralisation et convergences autoritaires »

Johanna Siméant-Germanos et Mohammed Hachemaoui
Vendredi 14:30-17:30 (8 dans l’année) à partir du vendredi 15 novembre 2019, Campus Jourdan
Séances : 15/11, 29/11, 17/1, 28/2, 27/3, 24/4, 22/5, 12/6
Suivi et validation pour le master : Mensuel annuel (8x3 h = 24 h = 6 ECTS)

Si les sciences sociales de ces quinze dernières années ont en partie réinvesti la question du néolibéralisme, de ses effets politiques et sociaux comme des idéologies dont procèdent les politiques néolibérales, cela s’est parfois fait au risque que « le » néolibéralisme soit traité de façon désincarnée, comme un deus ex machina dont on viendrait constater ex post les effets dans les politiques publiques, ou comme un programme dont il suffirait de cerner les attendus idéologiques pour saisir le déploiement dans une multiplicité de sphères sociales, au risque de retomber dans une forme somme toute classique d’histoire des idées et de rater les usages et ancrages sociaux spécifiques des injonctions à la néolibéralisation. On peut, ce faisant, être à la fois sensible au sentiment de convergence des processus de néolibéralisation, à certains de leurs effets et appuis autoritaires de par le monde, et ressentir le besoin de spécifier, nuancer, revisiter des temporalités afin que les inquiétudes critiques, qui sont des appuis axiologiques légitimes de la démarche scientifique, ne submergent pas l’écriture des sciences sociales.

En effet, la convergence néolibérale des politiques nationales depuis ces quatre dernières décennies ne doit pas faire écran au caractère foncièrement contrasté des configurations néolibérales réellement existantes. Les élites dirigeantes, n’évoluant pas dans les mêmes régimes et ne disposant pas des mêmes legs institutionnels, n’interprètent pas de la même manière le « projet néolibéral » : si la dimension idéologique est prépondérante chez Pinochet et Thatcher, c’est sur le mode de la dépolitisation de l’économie politique et la bannière des « conditionnalités » du FMI que l’oligarchie prétorienne algérienne a menée la néolibéralisation du système autoritaire-populiste à l’ombre de la terreur des années 1990. La néolibéralisation a donné lieu, d’une fabrique à une autre, à de multiples figures dont le spectre va du néolibéralisme de l’âge post-démocratique à l’autoritarisme néolibéral. Ces mutations institutionnelles brouillent les frontières autrefois établies et invitent à repenser à nouveaux frais les couples régime-État, politics-policies, interne-externe. Par quels mécanismes s’est opéré le changement institutionnel introduit par la néolibéralisation ? Comment se déclinent, dans les processus de néolibéralisation, l’agrégation des idées, des institutions et des intérêts ? Que fait le néolibéralisme à l’État et au politique ?

Le propos de ce séminaire est donc de faire le point sur les acquis des sciences sociales du politique à propos des processus de néolibéralisation, en adoptant une focale attentive à trois aspects en particulier :

- Comment appréhender l’hétérogénéité intrinsèque de la néolibéralisation sans sous-estimer l’indéniable convergence néolibérale ? Poser cette question met au premier plan la question méthodologique, au travers d’une part du comparatisme, d’autre part des démarches d’enquête : prosopographie d’élites dirigeantes à l’intersection des sphères économiques et politiques, sources ouvertes à connecter et problématiser, histoire sociale des idées, ethnographie des situations de néolibéralisation… le tout dans un contexte où les phénomènes de privatisation ne sont pas sans effets sur les formes de l’accès aux archives et à la documentation.

- La question de l’arrimage entre néolibéralisation et coercition : cette question permet de travailler sur les régimes catégorisés comme autoritaires comme sur les démocraties représentatives. Elle soulève aussi bien la question du crony capitalism, celle des formes de privatisation de la violence, et d’exercice de la violence au nom de la nécessaire mise en œuvre des réformes, que la rétraction des espaces démocratiques au nom de l’inéluctabilité des réformes.

- Ce que le néolibéralisme transforme dans le monde social, d’une façon qui affecte les conditions de l’activité politique, en matière de vote comme d’activité partisane ou protestataire. Il s’agirait de réfléchir d’une part à ce que des transformations, dans l’emploi, les formes de l’endettement et d’accès à la propriété, transforment des orientations et pratiques politiques, et plus spécifiquement d’examiner le degré auquel certaines de ces réalités sont pensées par des dirigeants comme une façon de produire la société la plus à même de permettre la reproduction de leur domination.

 

 

Chaque séance s’appuie la lecture préalable de textes publiés ou liés à des recherches en cours.

Validation du cours : assiduité complète et travail personnel.

Direction de travaux d’étudiants : oui

Encadrement d’étudiants au niveau master et doctorat.

Réception : sur rendez-vous.

Niveau requis : ouvert aux étudiants en master, doctorat et auditeurs libres.

Adresse électronique de contact : johanna.simeant@ens.fr